Au XIXe siècle, le cannabis était utilisé en Occident pour ses vertus médicinales (voir plante médicinale), sous forme de teinture (extrait alcoolique). C'est le médecin irlandais William Brooke O'Shaughnessy qui le présenta comme médicament après un séjour de neuf ans aux Indes, en 1841. Le cannabis fut ainsi prescrit à la reine Victoria pour soulager ses douleurs menstruelles. L'extrait alcoolique de cannabis était également commercialisé aux États-Unis. Dans la vieille Europe comme aux États-Unis, cette teinture était l'un des médicaments les plus vendus par les officines de pharmacie. Mais, à la fin du XIXe siècle, son succès commença à décliner, suite à l’apparition et au fort succès d’autres médicaments tels que l’aspirine. L'adolescent Ernst Jünger tombe par hasard en 1920 sur un vestige de cette époque, sous la forme d'un vase de porcelaine portant la mention « Extr. Cannabis ». Il raconte son expérience malheureuse[29] (que l'on qualifierait aujourd'hui de bad trip) dans son essai Approche, drogues et ivresse.

Autre anecdote surprenante, des cigarettiers lancent à la fin
du XIXe siècle sur le marché européens plusieurs marques de
cigarettes au cannabis, en jouant sur l'image "orientale" de la
plante : Arabische Nächte (Nuits Arabes) (9% de cannabis), Harem
(9%), etc.
Les Mexicains le cultivent également et commencent l'exportation
des sommités fleuries vers le Texas dès 1910. C'est d'ailleurs aux
Mexicains que l'on doit l'usage du mot
marijuana qui, à l'origine, désignait une
cigarette de mauvaise qualité.
Aux Etats-Unis, durant les années 1920 et 1930, le cannabis envahit
le marché noir, devenant très populaire. Face à ce succès
grandissant, mais surtout dans un contexte d'échec de la politique
de prohibition de l'alcool, le lobby puritain s'intéresse au
cannabis et les autorités mettent en place des campagnes dites de
sensibilisation avec des slogans tel que
Marijuana is Devil sur fond de diable enflammé.
La police des stupéfiants de la Nouvelle-Orléans impute aux
consommateurs 60 % des crimes commis dans la ville. Il s'agit d'une
véritable entreprise de propagande, qui trouvera des alliés dans le
lobby de l'industrie du coton, dans celle de la chimie et dans une
partie de la presse, dont les patrons ont des intérêts forestiers
important (entre-autres le magnat de la presse Randolph Hearst).
Cette campagne appuiera son argumentaire sur le racisme ambiant, en
combinant le dégoût des "nègres", de leur musique (le blues et le
jazz) et les ravages fantasmés du cannabis (folie meurtrière,
dégénérescence, etc.). Les journaux reprennent et répandent l'idée
que violence et cannabis sont liés, à travers le pays et, en 1937,
une loi instaure la taxation de la production, du commerce ainsi
que l’usage industriel et médical, c'est le Marihuana Tax
Act.
Affiche diffusée par le Federal Bureau of Narcotics, à la
fin des années 1930, et pendant les années 1940, époque de
diabolisation du produit (la marihuana est un narcotique puissant
qui pousse au meurtre, et conduit à la folie et à la mort).
L’accroissement dans le reste du monde de
la production et du trafic de cannabis sont alors préoccupants et
plusieurs gouvernements autres que celui des États-Unis
s’inquiètent. Ainsi dès 1925, la convention internationale de
Genève est acceptée par la plupart des pays du monde
s’engageant à se battre contre le trafic de drogue. Parmi
eux, la Turquie et l’Égypte veulent déjà inclure le cannabis
dans la convention, avançant que sa consommation est à la base de
la débilité humaine.
Concurrencé dans son usage textile par les fibres exotiques (jute,
sisal, kenaf), et par les fibres synthétiques (nylon), concurrencé
dans l'industrie papetière par le bois, le chanvre décline
rapidement au cours de la première moitié du XXe siècle. En France,
par exemple, 176.000 hectares sont emblavés en 1840. En 1939, la
superficie cultivée n'est plus que de 3.400 hectares. Au cours de
la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement américain relance la
production de fibres de chanvre et réalise même un film de
propagande intitulé Hemp for Victory (Le chanvre pour la Victoire).
Lors du débarquement de Normandie, les Rangers commandés par le
lieutenant-colonel James E. Rudder étaient équipés de grappins et
de cordes de chanvre pour escalader les falaises de la pointe du
Hoc. « Les cordes de chanvre alourdies par l'humidité se révélèrent
inutilisables »].



